Le système BOA est arrivé sur les chaussures de ski alpin lors de la saison 2023-2024, et il a été présenté partout comme une rupture appelée à balayer les classiques crochets. Quatre saisons plus tard, le testeur chaussures du magazine américain SKI Magazine revient sur sa propre prédiction et reconnaît s’être trompé. Le sujet mérite qu’on l’examine sans emballement, d’autant que ce qui vaut pour la piste ne vaut pas mécaniquement pour la rando.
Un mea culpa qui en dit long
Le constat de départ est honnête. Le journaliste Jake Stern avait titré, il y a quatre ans, que les chaussures à quatre boucles allaient devenir une relique du passé, et il admet dans un article récent que les modèles à boucles se portent toujours très bien. Il compare le mouvement à la correction observée sur les skis il y a vingt ans avec le rocker, quand l’industrie s’est enthousiasmée pour une nouveauté avant de revenir à des formes plus mesurées. Le responsable sports d’hiver de Head aux États-Unis reconnaît d’ailleurs que la généralisation de la fameuse molette a homogénéisé le cœur du marché de la chaussure alpine, au point que les chaussures se ressemblent beaucoup. Ce dernier point est le plus intéressant pour nous. Une innovation qui uniformise l’offre finit par diluer ce qui distingue un modèle d’un autre, ce qui n’est jamais une bonne nouvelle pour le pratiquant exigeant.

Ce que la molette apporte vraiment
Il serait malhonnête de réduire le BOA à un argument marketing, même si vous connaissez déjà mon opinion à ce propos. Le principe répond à un vrai défaut des boucles inférieures, qui compriment le cou-de-pied par points au lieu de répartir la pression. La système BOA tend un câble qui enserre l’avant du pied de manière plus homogène et micrométrique, ce qui limite les points de contrainte et préserve la circulation. L’évolution récente est plus significative encore. Les fabricants déplacent désormais la molette du bas de coque vers le collier, et certains testeurs y voient un gain de performance réel et non un simple confort de fermeture. Reste que ce déplacement vers le haut concerne d’abord des chaussures de piste, et qu’il faut se garder de transposer ces conclusions telles quelles à un usage de montagne.
La rando n’est pas la piste
C’est ici que le bilan de SKI Magazine atteint sa limite. En randonnée et en freerando, la fermeture n’est qu’une variable parmi le poids, l’amplitude de marche, la tenue au froid et la réparabilité loin de tout. Le monde de la rando connaît d’ailleurs le câble depuis longtemps, sans molette : l’Atomic Backland XTD, par exemple, utilise sur le bas un câble en Z qui répartit la pression sur l’avant-pied et rigidifie la coque. Le BOA à molette, lui, arrive surtout par la porte de la freerando et des chaussures hybrides. La nouvelle Fischer RC4, positionnée comme une chaussure de rando hybride agressive à collier fixe et inserts à inserts, intègre le système BOA sur le bas de coque et vise davantage le pratiquant de proximité de station que le randonneur au long cours. La vraie question, pour un usage engagé, reste celle de la fiabilité par grand froid et de ce qu’on fait d’une molette grippée ou cassée à trois heures de la voiture après s’être accrochée dans des cailloux. Une boucle se répare ou se contourne avec les moyens du bord, un mécanisme de molette beaucoup moins.

Le signal des meilleurs
Un dernier indice mérite l’attention. Malgré l’engouement des skieurs loisir, la molette n’est toujours pas apparue en Coupe du monde, et certains cadres du milieu estiment qu’il faudra une victoire à ce niveau pour que l’adoption devienne générale. Cette prudence de l’élite ne condamne pas le système, la compétition ayant ses propres inerties, mais elle rappelle qu’un gain vendu comme évident n’a pas encore convaincu là où chaque détail de transmission compte. Pour la rando de haut niveau, où la marge d’erreur se mesure aussi en grammes et en fiabilité, ce genre de réserve vaut qu’on l’écoute.
Conclusion
La bonne question n’a jamais été boucle contre BOA, mais de savoir quelle fermeture sert le mieux un terrain donné. Sur la piste, le BOA a trouvé une place réelle tout en homogénisant l’offre. En montagne, il devra prouver qu’il tient le froid, l’usure et l’isolement avant de mériter le statut de standard. A titre personnelle, et pour avoir testé très tôt le système BOA sur la Dalbello Quantum Asolo, j’avais exprimé mes très grandes réticences à utiliser un tel système. La précision que je recherche n’avait pas été atteinte avec ce système et je reste un fervent partisan d’une chaussure quatre crochets avec réglage micrométrique. Mon dernier test de la Tecnica Zero G Tour Pro exposait à quel point l’équilibre entre marche, ski et fiabilité prime sur tout gadget.
Le prochain Buyer’s Guide de Skialper, attendu dès cet automne, sera l’occasion de voir jusqu’où la molette a vraiment pénétré le segment rando, et à quel prix. Affaire à suivre.
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