Certains films naissent d’un projet, d’autres d’un simple retour d’aventure. Le film Waiatoto appartient à la seconde catégorie. Il relate la traversée de trois Néo-Zélandais, Nick Pascoe, Charlie Murray et Jasper Gibson, dans les Alpes du Sud en sept jours, combinant skis et packrafts sanglés dans des sacs de plus de trente kilos. Le résultat tient en vingt-deux minutes, leur permettant au passage de décrocher le prix du meilleur film néo-zélandais au NZ Mountain Film Festival.
Une traversée en autonomie totale
Le principe est d’une sobriété qui parlera aux amateurs de vraies traversées. Partis des glaciers du mont Aspiring/Tititea, les trois protagonistres suivent le chemin de l’eau jusqu’à la mer de Tasman, alternant le ski sur les hauts glaciers et le packraft dès les premières rivières. La montagne ne leur fait aucun cadeau, une tempête les cloue dans un refuge, les vivres s’amenuisent, et la fin de parcours se joue sur cinquante kilomètres de rapides avec une pagaie cassée. On est loin de la ligne esthétique filmée au drone, et plus près de l’engagement brut, celui où la réussite se mesure d’abord à la capacité de composer avec l’imprévu.
Quand le glacier périme la carte
Mais le vrai sujet du film est ailleurs, et il mérite l’attention de notre communauté. Sous l’effet du recul glaciaire, le terrain ne correspond plus aux cartes qu’ils ont avec eux et de nouveaux lacs sont apparus, parfois encombrés d’icebergs, qu’il faut franchir en packraft sous les séracs. Ailleurs, la végétation est si dense que la progression tombe à deux cent cinquante mètres à l’heure. Cette obsolescence des repères n’est pas un détail scénaristique, c’est le signe d’une montagne qui se transforme plus vite que nos outils de navigation. Ce que documente ce film, presque par accident, c’est la manière dont le réchauffement climatique redessine les itinéraires et oblige également à réinventer l’autonomie dans ces contrées de l’hémisphère sud.
Pourquoi le regarder
L’intérêt de ce film ne tient donc pas à l’exploit, réel mais discret, plutôt à ce qu’il dit de l’époque. Il rappelle qu’une traversée sérieuse reste affaire de jugement et d’adaptation, et que les cartes, aussi précises soient-elles, ne suivent plus toujours le rythme du terrain.
C’est une question que nous croisons régulièrement dans notre suivi des conditions et de l’évolution du milieu, et Waiatoto en offre une illustration concrète, sans emphase. Vingt-deux minutes qui valent le détour, pour ce qu’elles montrent autant que pour ce qu’elles suggèrent.
Credits film : Directed – Jasper Gibson & Josh Morgan
Produced – Nick Pascoe & Charlie Murray | Editing – Josh Morgan |Photography – Jasper Gibson | Sound – Josh Morgan |Colour – Rohan Key | Graphics – Orion Herman | Trip Planning & Idea – Nick Pascoe | Filming – Josh Morgan, Charles Murray, Jasper Gibson |Athletes – Nick Pascoe, Charles Murray, Jasper Gibson

