Nous nous trouvons toujours dans cette période compliquée qu’est le confinement. Alors mon ami et guide Xavier Carrard, du bureau Helyum, vous propose une évasion sur les plus belles pentes raides qu’ il a partagées justement avec ses amis, collègues ou clients.

Une rétrospective sur quelques printemps où nous étions « libres » de nos mouvements.

La pente raide n’est plus du ski extrême. C’est devenu, depuis une quinzaine d’années, un but quasi classique de tous bons skieurs. Le ski extrême s’est retranché dans des pentes encore plus raides et avec, bientôt, plus de rochers que de neige sous les skis.

Variante pour rejoindre l’entrée du couloir Chauchefoin dans le massif de l’Etale. Skieurs : Phillipe et Maxime Mailhot.

L’engagement à ce stade est largement avec « quelques degrés en plus » pour ne pas dire au-dessus….

L’évolution du matériel a énormément participé à l’amélioration du niveau des skieurs et ainsi à l’évolution du ski de pente raide.

Dans cet article, vous trouverez entre autres des images faites dans le couloir Marinelli. Cette ligne fût skiée la première fois par Sylvain Saudan le 10 juin 1969. Après deux heures trente de descente, il avouera avoir eu réellement peur dans ce toboggan de plus de 2500 mètres à 45° de moyenne. Une performance incroyable pour l’époque.

Couloir Marinelli : Thierry, Pierre et Xavier discutent de la suite de l’itinéraire.

Nous avons skié ce mythe il y a quelques années avec Pierre, Thierry et Yann. D’autres photos de pentes raides issues de mes coups d’œil garnissent cet article.

La pente raide, certainement le must de l’engagement pour un skieur alpiniste. Chacun choisira son but en fonction de ses moyens physiques, techniques et psychiques. Peut-être bien que le psychique serait le premier des éléments à prendre en compte.

La pente raide c’est une vraie discipline qui demande également de la discipline… Très peu de skieurs sont capables de remettre les skis après six mois de vie en tongue et skier une pente de 55° dès les premiers virages. La plupart d’entre nous devons gagner peu à peu des degrés au fil de la saison. Ce qui est relativement frustrant lors d’un printemps « covidé… » comme nous le vivons car c’est souvent à cette période que nous trouvons de bonnes conditions pour skier certaines pentes !

Le classique mais magique Couloir de la Tsa

Sous le couloir de la Tsa, des pentes incroyables.

Le plus motivant dans cette discipline spécifique sera la recherche des itinéraires cachés. L’invention d’une nouvelle ligne ou la répétition que vous ne trouvez pas sur les réseaux sociaux ou sur les sites classiques des « topos en lignes ».

Ce plaisir viendra bien après celui de n’avoir pas raté votre premier virage. Ce point est tellement crucial dans cette pratique !

Philippe sort du Piaget en face nord-ouest du Pic des Agneaux.

Laure déguste les conditions incroyables du Piaget au Pic des Agneaux.

La pente raide, son engagement et sa réussite résident à 80 % dans ce premier virage ! Quel skieur ayant déjà fait quelques lignes qui penchent n’a pas vécu le stress du premier virage ? Ce dernier conditionne entièrement votre succès à la descente.

Comme toutes disciplines alpines, les cotations des difficultés se sont modifiées au fil des deux dernières décennies. Prenons par exemple, le célèbre couloir Barbey en face est de l’Aiguille d’Argentière. Une première descente qui fut réalisée par Daniel Chauchefoin (encore lui !) . A l’époque la cotation donnait TD et fortement exposé (47° de moyenne).

La cotation actuelle donne cela : 5.1 E2 / TD- / S5 Avant de mettre les crampons dans le sac à dos et partir vers l’Aiguille d’Argentière, il faudra tout de même apprendre le déchiffrage des cotations.

Yann et Alex, lors d’une boucle classique mais très belle à l’Aiguille d’Argentière : Couloir Y en montée et couloir Barbey à la descente.

L’entrée du Barbey. Yann assure Alex qui regarde si il n’y a pas de glace.

Même pente. Toujours mes deux collègues et amis, Yann et Alex.

Cité quelques lignes auparavant, Daniel Chauchefoin est évidement reconnu dans le milieu des skieurs de pentes raides, parmi d’autres grands noms. Ceux qui sont un peu plus âgés ou ceux qui s’intéressent à l’histoire incroyable de l’évolution de cette discipline le connaissent bien.

Les autres, passeront certainement à côté de ce grand nom du ski de pente raide, s’ils ne lisent que les topos et leurs cotations, justement !

Un beau toboggan bien caché : l’Ouille de Mouta.

La pente raide, sa pratique et le niveau des skieurs à beaucoup évolué en 20 ans

1988, nous terminons la descente de la face nord-est des Courtes. Quatre autres randonneurs nous regardaient depuis le fond du bassin d’Argentière. Ils sont venus nous « féliciter » pour cette performance…

Actuellement, vous terminez la nord-est, avec 30 randonneurs en face, aucun ne viendra vous féliciter, ni même ne vous aura vu skier. Les époques changent et certains comportements avec.

La magie du lever de soliel. Ici dans le couloir Est des Bouquetins. Thierry et Daniel remontent ma trace.

Thierry lors de la descente du couloir. Cette ligne est vraiment cachée…

Ces deux réactions ont plus de 30 ans de différence. Trois décennies durant lesquelles les pentes engagées de ski extrêmes sont devenues des grandes classiques des pentes raides. À croire que les degrés des pentes se sont affaiblis à l’inverse de ceux de la température moyenne annuelle…

Lilian, mon ami de Ski-libre.com, lors de notre descente de la petite face nord de la Grande Casse.

Dans tous les cas, je me réjouis de remettre mes skis après avoir taillé une plateforme en haut d’une pente, de regarder vers le bas et d’oser ce fameux premier virage.

Et pour finir cet article, j’ai pu remettre la main sur une vielle relique datant de 1993… Nous avions alors eu des conditions exceptionnelles ce jour là, avec mon ami Antoine.

Lorsque je vous parlait de ski grande classe !

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