Le mercredi 24 juin 2026, Guillaume Pierrel a été emporté par une avalanche dans le massif du Karakoram, au Pakistan. Ses compagnons de cordée, la Canadienne Christina Lustenberger et le guide français Boris Langenstein, ont survécu. La communauté montagnarde a appris la nouvelle en quelques heures, avec la brutalité habituelle de ces annonces venues de loin.
Un palmarès en pente raide
Gee Pierrel n’appartenait pas à la catégorie des alpinistes qui font du bruit pour exister. Il construisait son parcours en silence, sommet après sommet, face après face. Vosgien de naissance, installé dans la vallée de Chamonix, guide de haute montagne et réalisateur de films de montagne, ce quadragènaire avait bâti l’un des palmarès les plus solides de sa génération dans le domaine du ski de pente raide.
Les 82 sommets alpins de plus de 4 000 mètres gravis, les trois grandes faces nord des Alpes à son actif. La face nord des Drus skiée en solitaire, itinéraire que beaucoup jugeaient impossible faute de neige suffisante sur ce granite quasi vertical. Le Linceul, observé longuement depuis la Flégère avant d’être skié un 11 novembre, après avoir attendu que la neige s’y dépose dans les bonnes conditions. En 2021, la première descente à ski du Spur français sur le Gasherbrum I, l’un des quatorze 8 000 mètres de la planète.
Ces derniers mois avaient marqué une accélération. À l’automne 2024, avec Christina Lustenberger, première descente à ski de Hunter’s Moon en Nouvelle-Zélande. Le 16 février 2025, première descente de la face sud du mont Robson, point culminant des Rocheuses canadiennes. Une ligne de près de 3 000 mètres de dénivelé, tentée en début de saison par grand froid pour minimiser le risque objectif. La méthode Pierrel, en résumé.
La cordée Pierrel–Lustenberger
Ces deux-là formaient quelque chose d’assez rare dans le ski-alpinisme de haut niveau. Pas simplement une cordée efficace, mais une association où chacun tirait l’autre vers le haut, sans hiérarchie. Pierrel en parlait librement : « Quand je la vois skier, quand je vois son niveau d’engagement, je me dis que c’est un truc de fou. Elle est meilleure que moi, elle m’impressionne. »
C’est Lustenberger qui lui avait proposé le Pakistan pour ce printemps-été 2026.

La mémoire de poisson rouge
En février dernier, quelques semaines après Robson, Gee Pierrel accordait une interview à Outside.fr. Il y confiait vouloir lever le pied, réduire son exposition aux lignes les plus engagées. « Je m’étais dit que j’allais arrêter de prendre autant de risques. » Puis, avec le sourire qu’on lui connaissait, il ajoutait : « En montagne, c’est toujours un peu compliqué, on dit toujours : on arrête. Et puis quand on est en vallée, on s’embête, on y retourne. On a un peu une mémoire de poisson rouge, les alpinistes. »
Ces mots résonnent différemment aujourd’hui. Il n’y a rien à ajouter, sinon que cette phrase dit tout de ce que vivent ceux qui fréquentent vraiment la haute montagne. L’ambivalence n’est pas un défaut de caractère. C’est simplement la condition de ceux qui ont choisi ce terrain de jeu.
Ce que les montagnes gardent
L’accident s’est produit sur le K6, un sommet culminant à 7 282 mètres dans le Karakoram. Guillaume Pierrel évoluait avec le guide Boris Langenstein et la skieuse canadienne Christina Lustenberger lorsqu’une avalanche de neige et de blocs rocheux s’est déclenchée.
Gee Pierrel laisse derrière lui un corpus de lignes qui appartiennent désormais à l’histoire du ski-alpinisme. La Niche des Drus. Le Linceul. La face sud de Robson. Des itinéraires qui resteront sur les cartes longtemps après que les noms de ceux qui les ont skiés commencent à s’effacer.
Boris Langenstein, lui, vivait ce 24 juin le premier anniversaire de sa propre descente à ski de la face Rupal du Nanga Parbat avec Tiphaine Dupérier. La montagne a une manière bien à elle de superposer les dates.


