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2021 : l’année reine du ski de rando. Et après ?

L’hiver 2020-2021 aura été l’annus horribilis pour le tourisme en général. Les divers confinements, limitations de déplacements, mises en place de couvre-feux auront pesé sur des pans entiers de nos économies. 

La montagne n’a pas été en reste avec la fermeture complète des remontées mécaniques sur tout le territoire français et dans quasiment toute l’Europe. Une des conséquences aura été que le ski de randonnée soit soudainement devenu une des activités reine de cette saison. Alors qu’une nouvelle saison approche, regardons un instant dans le rétroviseur pour tenter de comprendre si cet engouement pour la peau de phoque perdurera.

Fin novembre 2020, à peine sortie de la seconde vague de Covid-19, le monde économique des sports d’hiver se prépare à démarrer une saison particulière avec des protocoles stricts et des règles draconiennes permettant tout de même de laisser les skieurs profiter des remontées mécaniques. Mais le 24 novembre 2020 la sanction tombe, Emmanuel Macron confirme la fermeture des remontées mécaniques, décision qui sera au final maintenue toute la saison. La plupart des pays européens adopteront la même position, à l’exception de la Suisse et l’Autriche.

Les pratiquants qui attendaient les premières ouvertures dans les massifs se sont vu douchés froidement. Immédiatement, j’ai eu la sensation que cela allait être une année particulière. Dès le week-end suivant cette annonce, j’ai vu le trafic de Ski-Libre.com connaître un pic avec notamment beaucoup de nouveaux visiteurs. Tous les articles sur le matos de ces 5 dernières années ont alors bénéficiés de pics de trafics importants et, faute de ski alpin, j’ai alors senti que les néo-pratiquants étaient partis en masse sur la toile, à la recherche d’informations pour découvrir la pratique du ski de randonnée et ainsi s’équiper en conséquence.

Les fabricants de matériel et distributeurs pris d’assaut 

Tout comme les skieurs en mal de glisse, les magasins se sont également rués sur le matériel de ski de randonnée sachant que ce serait le seul type de matériel qui sortirait de leurs rayons au cours de la saison. 

« La demande a littéralement explosé en magasin de mi-décembre à mars alors que nous réalisons en général le gros de nos livraisons de septembre à décembre. D’un début de saison catastrophique avec de très grosses baisses de près de 80% en novembre à cause du confinement, nous avons observé des hausses records en janvier, février, mars. Du jamais vu en 30 ans d’activités. »  Patrick Giraudon, PDG de Nic-Impex-ARVA.

Et d’ajouter : « Pour nous, cet évènement est un épiphénomène qui a poussé le grand public vers la découverte « forcée »  du ski de randonnée. Cet épisode nous a fait gagner quelques années en terme de progression du sport mais nous n’attendons pas du tout ces croissances en 21/22, jamais dans cet ordre de grandeur. »

Skis, chaussures, fixations, peaux, DVA sont devenus des denrées recherchées par tous les aficionados de la glisse en mal de sensations. Si vous aviez une paire d’occasion à vendre sur Le Bon Coin c’était la période idéale, j’en ai fait l’expérience avec beaucoup d’acheteurs qui se sont manifesté. Les fabricants qui ont vu leur saison 2020/2021 s’assombrir dès le mois de novembre, ont vite compris et ont tous décidé de faire le maximum pour relancer des produits début 2021 afin de supporter au mieux la demande sur les produits mis en lumière. 

Du côté des vendeurs, la demande s’est donc tournée vers la pratique du ski de randonnée ainsi que le ski de fond et la raquette. Immédiatement les magasins de stations comme les vendeurs en ligne ont vu les demandes exploser.

Les clubs de montagnes très sollicités, les professionnels un peu moins 

Cette soudaine explosion du nombre de pratiquants a vu avec elle l’augmentation du nombre de pratiquants en montagne, notamment sur les lieux de rassemblement les plus courus. Les points de départs de classiques dans les Aravis, Belledonne ou en Vanoise ont été littéralement pris d’assaut. Mais il fut tout aussi surprenant de voir que les parkings des stations étaient complets chaque semaine, remplis de skieurs venus se frotter à l’expérience de faire glisser des peaux pour monter vers un sommet de piste.

Mais alors, ce nouvel élan a-t-il profité également aux professionnels et clubs de montagnes ? 

« Beaucoup de skieurs de stations se sont mis à la rando, il y a eu une polarisation sur cette pratique tout au long de l’hiver, mais nous n’avons pas été submergé par une nouvelle clientèle. Les skieurs qui avaient déjà goûté à cette pratique s’y sont vraiment mis, souvent avec des amis pour les accompagner. Pour les purs néophytes, ils ne se sont pas naturellement tournés vers les professionnels que nous sommes. » Jérémy Janody, Bureau des guides d’Annecy

 

Ces néophytes se sont en revanche parfois tournés vers les écoles de ski locales qui proposaient des sorties de ski de rando encadrées par des moniteurs sur les pistes dédiées à cette pratique, notamment dans les stations qui en proposent. Les semaines de février ont été bonnes de ce point de vue car la neige en station était présente et une offre s’est rapidement mise en place pour la clientèle qui frappait alors fortement à la porte des écoles de ski. 

En revanche les clubs ont été plus concernés par cette nouvelle population de pratiquants : 

« Même si la saison a démarré tardivement avec les limitations de déplacements, nous avons constaté que nos cycles découvertes ont connu une forte demande, toutes les places ont été prises d’assaut très rapidement. Il en a été de même avec les formations de perfectionnement qui s’inscrivent dans la continuité de ces cycles. » constate  Raymond Béruard, initiateur au CAF d’Annecy et instructeur Ski-Alpinisme FFCAM

Les clubs ont également vu une population de pratiquants plus jeune venir taper à leur porte.

« Nous avons observé aussi un rajeunissement dans les nouveaux adhérents que nous avons vu venir. L’augmentation des demandes pour les sorties a été perceptible tout au long de la saison. Enfin il a été intéressant de voir que le télétravail a créé une demande pour les sorties en semaine, notre programme propose des sorties quasiment tous les jours de la semaine en hiver et l’hiver passé a vu un certain nombre de télétravailleurs adapter leur temps de travail en semaine pour parfois sortir en montage. » souligne encore Raymond Béruard

L’engouement perdurera-t-il ?

Après cette année exceptionnelle, il serait bien difficile de prédire l’évolution dans les années à venir. De nombreux pratiquants ont investi et chercheront peut-être à revendre leur matériel pour revenir vers une pratique alpine, le marché du matériel d’occasion pourrait aussi exploser suite à cet épisode, j’y reviendrais dans un prochain article.

Mais certains pressentent un retour à la normale qui leur fait dire qu’une fois les remontées mécaniques ouvertes, certaines habitudes reviendront.

« Après la première année, tout le monde a voulu s’évader, respirer, nous avons ressenti cela sur notre activité estivale en 2o2o. Mais pour ce second été « Covid » les gens sont revenus à la normale, l’engouement était encore présent mais pas dans les mêmes proportions. Le monde d’après dont tout le monde parlait s’avère d’ailleurs être plus un retour rapide au monde d’avant. » se plaît à ironiser Jérémy Janody du Bureau des guides d’Annecy

Cette saison a vu également l’éclosion d’une pratique familiale du ski de randonnée. Combien de jeunes parents ont tiré leurs enfants avec une corde ou ont tenté de les équiper avec des adaptateurs pour leur faire découvrir le plaisir de la montée ?

En cela, le rôle qu’a joué l’arrivée récente sur le marché des skis junior n’est pas à ignorer. Il est de plus en plus facile dans les stations, de louer des équipements adaptés aux enfants en vue de proposer une activité familiale.

« Certains magasins n’étaient pas préparés en station la saison dernière et n’avaient aucun parc de ski de randonnée à louer, alors que la demande était très forte. » mentionne Richard Collomb Patton, DG de Scott France.

Il complète : « Cette saison la plupart des magasins auront un petit parc de ski de randonnée car ils s’attendent à ce que les vacanciers veuillent faire une journée de ski de randonnée lors de leur séjour ».

Patrick Giraudon, PDG de ARVA nous rapporte également que l’explosion du ski de randonnée a profité à tous les produits d’entrée de gamme :« Nous avons clairement vu avec les ventes de l’hiver dernier que les types de produits vendus provenaient surtout d’une demande de débutants. Les produits plus techniques, plus hauts de gammes (sac Airbags, DVA plus performants…) n’ont pas été en augmentation, voire même en baisse. »

Les stations ont été submergées par la demande et ont quasiment toutes proposées des pistes dédiées au ski de randonnée pour y répondre. Mais comme le mentionnaient les professionnels interrogés, outre les gros spots hyper courus qui concentrent bons nombres de courses accessibles à ski de randonnée, ces néo-pratiquants sont restés proches des pylônes et des territoires balisés pour découvrir le plaisir de lever le talon et faire glisser les peaux. 

En cela, le chemin vers une pratique plus autonome reste long et il n’est pas évident que la transformation de cette nouvelle population soit garantie, tant cette année fut hors norme encore une fois.

Nul doute que cette formidable « fabrique à souvenirs » créera certainement des envies sur le long terme, tant au niveau des plus jeunes que des personnes qui souhaitaient découvrir une autre manière de pratiquer la montagne. 

L’avenir nous dira si cette mise en lumière si importante se transformera en une véritable tendance de fond. Le rendez-vous est pris pour regarder cela de près dès l’hiver prochain.  

Conclusion

L’arrêt des stations aura été un accélérateur incroyable pour le ski de randonnée en général. Notre pratique, qui avait été portée depuis plus de 10 ans par un formidable élan de renouveau en terme d’évolution du matériel, aura su répondre à une demande très importante et immédiate d’un public nouveau et avide de pouvoir découvrir une nouvelle façon de pratiquer la glisse en montagne sans remontées mécaniques.

Même si la grande majorité des néo-pratiquants aura été celle d’un jour ou d’une semaine, certains ont poussé la porte des clubs et beaucoup de jeunes ont investi dans du matériel neuf qui leur permettra de continuer à découvrir cette pratique, tout en bénéficiant d’un matériel leur permettant de pratiquer également dans les stations dès qu’elles rouvriront.

Le monde d’après ne sera peut-être pas si différent du monde d’avant, mais l’avenir nous le dira dès que les remontées recommenceront à tourner. D’autant plus que cette fois-ci, avec une réouverture des stations et l’approche de l’hiver, les fabricants voient poindre de nouveaux problèmes : celui des approvisionnements sur les matières premières et de l’engorgement des marques sur les mêmes usines qui tardent à rouvrir dans certains pays encore confinés.

Ainsi, plusieurs fabricants et distributeurs redoutent le lancement de la nouvelle saison. Car si l’on entend parler de plus en plus de rupture de stock et de problèmes d’approvisionnement dans certains secteurs comme le vélo ou l’automobile, le monde de l’Outdoor et du ski n’est pas en reste.

Par conséquent, il se pourrait bien que la pénurie de matériel de ski vienne impacter les randonneurs qui décideraient de s’équiper en 2022, et c’est peut-être de ce côté que la plus grande surprise risque d’arriver la saison prochaine…

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