10 juin 1969…

Sylvain Saudan prendra plus de 2h30 pour réaliser la première descente en ski de ce toboggan des Alpes. Ce couloir mythique propose un dénivelé de près de 1800 mètres, avec une pente flirtant entre 35° et 48° et un engagement important au vu des séracs qui jalonnent la ligne de descente. « LE » Marinelli restera toujours un emblème du ski de pente.

marinelli_0012Il est vrai que lorsque mes spatules sont avancées au dessus du l’arrête sud de la Zumsteinspitze à 4563 mètres, la vue plongeante sur plus de 2000 mètres de dénivelé entame un peu les idées reçues et réveille brusquement les souvenirs des nombreuses lectures faites sur cette pente. Cette position m’a également permise aussi une courte remise en question, le temps de m’élancer…

Nous sommes le 11 mai 2015, un peu moins de 46 ans après la première et j’ai une pensée pour M.Saudan, qui lui, était totalement seul devant ce projet pharaonique pour l’époque. Avant de plonger dans cette ligne, je lance un merci aux Saudan, Holzer, Baud et autres précurseurs de cette discipline, de vrais aventuriers des pentes ! Ils étaient en tous cas vraiment bien accrochés avec leur chaussure cuir ou mi-cuir et plastique, ski long et lourd et envie de découverte; chapeaux bas Messieurs.

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L’entrée sous la corniche.

marinelli_0002Voilà ma minute « nostalgique » passée, et je me dis qu’il va bien falloir partir dans cette traversée. Un regard vers Yann, Pierre et Thierry, et je décide d’aller voir un peu plus loin… L’ambiance apparaît dès les premiers mètres. Je suis presque déçu du manque de sensation de vide. Les lectures m’avaient préparé à pire, je crois. Mais cela n’enlève en aucun point la sensation d’engagement. Elle prend toute sa définition lors des premiers passages de rimaye où nous devrons sauter à plusieurs reprises un ou deux petits mètres, mais toutes nos réceptions seront faites dans d’excellentes conditions. Les virages s’enchaînent pour nous quatre, au rythme imposé par la recherche de l’itinéraire, les rares plaques de glaces à éviter et les indispensables moments « 16 mégapixels » pour figer ce moment sur une pellicule numérique.

Les photos illustrent notre histoire, celle que nous nous construisons à l’instant.

Durant tout le premier tiers de la face, je chercher ce fameux rappel, celui que des amis ont réalisé la veille, pour éviter une zone de glace. Jamais nous ne tomberons dessus, ni même l’abalakov qui annonce son départ. Une courte zone de 2 mètres se négocie très doucement, la glace est apparente, mais rien de plus exigeant. Nous arrivons dans l’axe du couloir proprement dit et la pente s’incline plus sérieusement. Ce passage est certainement le plus impressionnant, les regards filent sur le bas du couloir, sans trouver une réelle cassure de rythme… Le toboggan est bel et bien là, juste sous mes patins de 99 mm, la section la plus raide se trouve bien ici.

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Pierre dans la seconde partie de la face

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Xavier à l’oeuvre avec des conditions excellentes pour un hiver faible en neige.

Nous skions cette partie avec un peu d’espace entre nous, puis nous tirons doucement vers les dômes évidents qui se trouvent rive gauche du couloir. Ces derniers nous offrent une neige totalement printanière, un régal sans précédent. Si, comme nous, vous décidez de skier hors de portée des missiles glacés pouvant dévaler cette pente plus vite que vous, vous profiterez aussi de ces dômes. A la fin de ceux-ci, il faut juste faire un court écart vers le couloir, pour revenir rapidement vers le bivouac. Passage plus difficile à trouver, si vous ne connaissez pas les lieux. Mais l’instinct de « survie » vous évitera certainement de rester dans le couloir !

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La zone du couloir proprement dite en neige un peu plus dure, Thierry affûte ses carres….

Le bivouac, petit, rouge ligné de blanc est peu motivant, en revanche la dernière partie est splendide sous le bivouac. En bas de la rampe, il y a un choix à faire : skier sous les séracs rapidement en restant rive droite, ou traverser pour aller chercher la partie crevassée du glacier. Choix crucial entre le fait de prendre la glace sur la tête ou bien mettre une tête dans la glace ! Nous avons skié rive gauche, dans les trous. La sortie vers les moraines et la fin de notre aventure est proche.

marinelli_0008 marinelli_0009Nous retirons les skis à 100 mètres de l’arrivée du télésiège. Nos regards remplis de sensations et déjà les souvenirs prennent la place de la réalité qui fut presque trop courte !

Avec un peu de recul, je me rends compte d’une chose évidente dans cette ligne, les séracs restent toujours sur la droite de la ligne à skier, c’est peut-être une information intéressante en tous cas celle que je retiendrais de cette merveilleuse aventure.

marinelli_0011Le couloir en détail :

  • Entrée vers 4500 m, attention aux corniches.
  • Une longue traversée descendante sur la gauche avec le passage de plusieurs rimayes (40°)
  • Entrée dans le couloir proprement dit. Séracs sur la droite et petits éperons créés par ces derniers. (45/48°).
  • Sortie à gauche de la ligne du couloir, vers les dômes (40°)
  • Les dômes (35°)
  • En bas des dômes skier une très courtes section rive gauche du couloir, revenir vers le bivouac. (45° et rocher apparents)
  • Rampe sous le bivouac (35°)
  • Sortie de la rampe, traverser le bassin pour skier rive gauche (30° crevasses)
  • Bas de la pente, moraines (30°) et moins.

Skieur et auteur Xavier Carrard, accompagné de Yann Nussbaumer, Pierre Morand et Thierry Froidevaux.Marinelli-Route

1800m Massif : Valais E – Alpes Pennines E
1800m Secteur : Mont Rose
E Description
Difficulté 5.1 De la cabane, remonter la moraine vers le SW jusqu’au pt 3109m. Là, aller sur le glacier et remonter sa rive droite jusqu’au pt 3699m. Passer ensuite sous l’éperon 3753m, poursuivre en passant sous les séracs situés au S du pt 4291m. Remonter la combe vers le N en direction du Colle Gnifetti puis atteindre facilement le sommet par l’arête SE.

Descente:
Du sommet, descendre parallèlement à l’arête N en direction de l’éperon rocheux situé au N du Grenzsattel (attention, glace par endroits). Puis descendre le couloir entre l’éperon et les séracs jusqu’à la base de l’éperon.
Ensuite traverser vers le N jusqu’à être dans l’axe du couloir Marinelli. Descendre le couloir jusqu’à 3500m, puis aller sur l’éperon à gauche (conseillé, car beaucoup moins expo).

Descendre en direction du Rifugio Marinelli, puis vers le glacier du Nordend. Par un zigzag au milieu des crevasses, on atteint le glacier du Belvédère.
La suite se fait à pied. Prendre le chemin qui mène à la cabane Zamboni jusqu’au Belvédère (1904m), puis finir par une petite descente en télésiège, selon les conditions.

Remarques :
  • Courts passages à près de 50° dans le haut.
  • La montée est orientée W, puis S à la fin.
  • Le télésiège du Belvédère est ouvert le weekend.
4h Accès
Matériel de glacier Zermatt ou Macugnaga
E3/S5

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