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Ski-Libre.com vous propose  cet automne une série de 3 articles retraçant l’histoire des Détecteur de Victimes d’Avalanches depuis les premiers modèles jusqu’à nos jours. Cette série se terminera par l’interview d’un des principaux acteurs du marché de la sécurité en montagne qui vous livrera sa vision de l’évolution des produits.

L’histoire des Détecteurs de Victimes d’Avalanches [DVA] ou plus communément connu sous le nom d’Appareil de Recherche de Victime d’Avalanche [ARVA] remonte au milieu du 20ème siècle. Dès cette période des chercheurs essayèrent de retrouver des victimes d’avalanches sous la neige via l’utilisation de différents systèmes de types émetteurs actifs à émission magnétique, radio puis au fil des années et après de multiples évolutions jusqu’à arriver à l’usage d’appareil à la fois émetteur et récepteur.

L’influence militaire pour équiper leur régiment de montagne d’appareil de sécurité en cas d’avalanche a été un facteur déterminant du développement de ce type de produit. Aujourd’hui largement répandu auprès du pratiquant lamba, il n’était réservé qu’aux professionels ou autres militaires il y a encore près de 20 ans.

Voici la suite du 1er article et 2nd article racontant les principales étapes marquantes de l’histoire de cet appareil de sécurité, indispensable à tout pratiquant de ski de randonnée.

 

3ème partie : Interview de M.Patrick Giraudon, Directeur Général de la société Nic-Impex.

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Bonjour Patrick, pouvez-nous nous présenter brièvement la société Nic-Impex et sa branche ARVA Equipment ?

Nic-Impex est l’acronyme de NICole IMPort EXport créé par mes parents en 1984, pour assurer la distribution des peaux de phoques de la marque Colltex avec laquelle nous avons travaillé à la création de leur réseau de distribution. Nous étions également distributeur de différents accessoires, de type caches oreilles qui était un de nos produits phares à nos débuts. En 1984 ont débutés les premiers développements et la commercialisation d’un des premiers DVA pour le grand public, avec l’ARVA 4000, un appareil bi-fréquence. Les marques ARVA et Ortovox étaient d’ailleurs les premières à développer des produits grand public au début des années 80.

Nic-Impex a aujourd’hui un double métier puisqu’elle distribue importe et commercialise de différentes marques dans deux univers à savoir le pôle hiver «ski de randonnée» avec les marques Arva, Colltex, Ski Trab, Diamir, Komperdell, ABS et un pôle été «trekking outdoor»  avec les marques Sea to Summit, Jetboil, Nalgene, Snowline et Hydrapak. Aujourd’hui la société compte 25 employés pour un chiffre d’affaire de 10 M€ en 2012.

Au sein de Nic-Impex, ARVA est devenue une marque à part entière dès 2005, centrée principalement sur les produits de secours en avalanche, pour la pratique du ski de randonnée. Nous avions déposé la marque ARVA dans les années 80 et avons souhaité l’exploiter dès 2005.

Vous êtes le seul acteur français sur le marché de la sécurité en avalanche, quelle histoire votre société entretient avec ce secteur d’activité ?

En effet, nous sommes le seul acteur français dans le segment des produits de secours en avalanche. Je préfère utiliser le terme de secours en avalanche car cela reste des produits pour les situations de type «si jamais cela se passe mal», des situations où la prévention, l’analyse en amont d’une situation donnée, auraient permis de ne pas s’exposer à un risque d’avalanche. L’objectif est que nos produits soient le dernier rempart avant d’éventuels cas plus problématiques voire dramatiques, qui sont liés à la pratique de la montagne et du ski de randonnée.

Quant à l’histoire de notre société, c’est avant tout une histoire familiale; la société a toujours été proche des utilisateurs, du grand public, des professionnels de la montagne et de toutes les corporations du milieu de la montagne. Cela a toujours été une volonté de conserver cette proximité tout en étant ancré dans les Alpes, à Annecy, proche des pratiquants. Nous souhaitons vraiment conserver cet état d’esprit pour également bien comprendre les tendances, les mouvances, les besoins.

Quel est votre positionnement dans le marché mondial de la sécurité en avalanche et plus précisément sur le marché spécifique des DVA ?

Notre société connaît actuellement une forte croissance, voire très forte, sur un marché des produits de secours qui est en croissance modérée, donc nous sommes en conquête de part de marché. Effectivement la marque commence à se faire connaître en dehors de la France où elle était plutôt confidentielle auparavant. Nous avons de l’ordre de 60% de part de marché en France et notre croissance à l’international est en augmentation aujourd’hui. Il est important de noter que nous sommes sur un marché comportant très peu d’acteurs, avec seulement 5 marques qui vendent dans le monde, et donc nous faisons face à une forte concurrence. De plus, chaque concurrent est fort dans son pays, Mammut en Suisse, Pieps en Autriche, Ortovox en Allemagne, BCA Tracker aux US et nous arrivons à nous partager le marché mondial vraisemblablement en 5 parts à peu près égales mais la bataille commerciale réside actuellement dans l’acquisition des parts de marché ce qui est notre cas, forcémment au détriment d’autres acteurs sur certaines zones géographiques.

L’innovation étant notre élément différenciateur, nous investissons aujourd’hui en R&D de 6 à 8 % du chiffre d’affaire et nous essayons d’innover avec des nouveaux produits environ tous les 2 ans. Nous sommes un actionnariat purement privé donc nous n’avons pas de rentabilité à remonter à des actionnaires en fin d’année ce qui nous permet de garder une grande latitude sur nos choix de développements et d’industrialisation.

Pour nos lecteurs, pouvez-vous nous présenter les chiffres de ce secteur et votre positionnement ?

Le marché mondial du DVA est complexe car il nécessite de gros investissements en R&D pour un marché qui est microscopique avec environ 130’000 pièces annuels à se répartir entre 5 acteurs pour une douzaine de modèles sur le marché. Vous imaginez donc bien que nous n’avons pas la latitude d’investir sans envisager un retour sur investissement convenable, surtout pour une structure de notre taille.

Si on compare notre marché à d’autres marchés de type produits électroniques type smartphone ou autre, les volumes font rires allègrement les fabricants de composants électroniques, d’où parfois la difficulté de faire baisser les prix des produits car nos volumes ne permettent pas de jouer sur ce levier.

L’évolution de la pratique du ski de randonnée est en train de fortement changer depuis quelques années. Le concept “freerando” incite de plus en plus de pratiquants à découvrir le ski nature, est-ce une tendance marquée que vous ressentez de votre côté en tant que fabricant ou est-ce un concept marketing qui s’applique plus au marché du ski ?

La pratique du ski de randonnée évolue en effet de façon importante depuis 5 ans. Avant c’était une élite des skieurs alpinistes, des personnes entraînées avec une pratique régulière portée par la pratique en club mais aujourd’hui l’augmentation du prix du ski, la hausse du prix des forfaits, mais aussi un aspect “sociétal” d’être plus en rapport avec la nature, tout cela ouvre la pratique à plus de personnes, des skieurs parfois moins montagnards et donc le marché évolue dans ce sens actuellement. Il s’ouvre aussi sur des marchés plus jeunes, des skieurs sans être des montagnards purs, également avec la famille des raquetteurs et des snowboardeurs même avec l’usage de splitboard.

Pour revenir à la tendance freerando, elle se ressent mais l’eldorado tant annoncé n’est pas ce que l’on peut croire tout de même, on reste dans marché de niche à fort croissance et n’oublions pas que le marché global du ski baisse de 5% chaque année et les grands fabricants cherchent de nouveaux leviers de croissance, mais en regard des volumes du ski on reste une pratique marginale.

Le marché ski de rando / freerando, tout en se posant aussi la question de savoir où est la limite de cette population, est globalement de 15’000 paires sur le ski de randonnée pure dans un marché estimé du ski de 400’000 paires donc l’eldorado dont on parle est encore loin.

Donc je parlerais plutôt d’une nouvelle segmentation sur marché mature qu’est le ski de randonnée, avec typologie de clients qui se dessine de manière plus fine dans un marché qui était somme toute assez classique. On distingue maintenant 4 familles, le randonneur compétiteur ultra light, le randonneur touring classique privilégiant le poids dans une approche régulière, le randonneur freerando qui croit avec un profil jeune plutôt axé sur la descente, et enfin une famille pure freeride avec l’usage de skis large et de fixations de randonnée axées sur la descente.

Parlons un peu maintenant des DVA. Entre le premier modèle ARVA 4000 et le dernier NEO, près de trente années se sont écoulées et vous êtes toujours à la recherche d’innovations sur ces appareils, comment se déroule les phases de conception d’un DVA?

Il est intéressant de constater effectivement que sur les 30 années qui sont passés entre l’ARVA 4000 et le dernier modèle le NEO, on peut se dire que les produits n’ont pas forcément beaucoup évolués, et pourtant si car il faut bien voir que le marché a été au point mort pendant 10 ans notamment de part sa faible taille qui ne permettait pas d’investir. Nous ne  sommes qu’à 130’000 pièces aujourd’hui. Il y a 20 ans ce marché était beaucoup plus faible et les investissements en face étaient moindres.

Depuis 10 années la R&D est plus présente et le grand pas a été le passage de l’analogique au numérique qui a apporté un nouvel élan avec de forte évolution technologique.

En 10 ans nous avons vu des évolutions technologiques assez fortes, notamment avec l’arrivée de double fréquence, notamment avec le Mammut Pulse et l’Arva Link, l’arrivée d’écrans graphiques, les détecteurs de mouvements permettant d’économiser la batterie, la possibilité de faire des mises à jour logiciel et aussi et surtout l’évolution de l’électronique avec des processeurs plus rapides permettant de traiter plus d’infos. La taille du marché conditionnera les cycles de vie produits, et l’innovation en dépendra.

Il faut compter entre 18 et 24 mois entre l’idée et la mise sur le marché d’un nouveau modèle. Les phases de test sont longues, notamment l’intégration dans le boîtier c’est-à-dire de l’intégration de l’électronique qui nécessite un travail pointu notamment en raison l’aspect de miniaturisation important dans des boîtiers de petite taille, c’est une des difficultés que nous avons. La conception d’une DVA a lieu à Annecy et Grenoble, puis les boîtiers sont injectés dans le Jura et le tout est assemblé dans les Vosges.

Les DVA dernières générations sont de plus en plus efficaces et leur prise en main a été fortement améliorée dans une optique de simplification. Malgré ce constat positif, quels sont selon vous les axes d’améliorations possibles au cours des différentes phases d’une recherche sur les appareils actuels ?

On peut dire en effet que les DVA de dernières générations sont très efficaces, tous les DVA sont très fiables pour 1 à 2 victimes dans des périmètre de 100 mètres dans des timings de l’ordre de 3 à 5 minutes selon leur exploitation et surtout la connaissance de l’appareil. Je pense qu’il nous reste encore à améliorer les portées, l’interface homme-machine également doit évoluer pour faciliter l’utilisation de l’appareil en cas de fort stress lors de l’utilisation et le multi victimes pour augmenter la séparation des signaux dans les cas les plus complexes, je crois également beaucoup à la création de réseau entre les appareils pour mieux communiquer entre eux sur le terrain.

Je tiens à rappeler que la courbe de survie après 15 minutes diminue fortement, l’objectif pour nous est de rester dans ces 15 minutes afin de repérer rapidement les victimes et il ne faut pas oublier de mettre en avant l’utilisation de la pelle et de la sonde, actuellement c’est le dégagement qui prend le plus de temps et un DVA sans une bonne méthodologie de travail ne sauvera pas des vies, il ne faut pas sous-estimer cet ensemble supporté par une bonne méthodologie de travail de recherche.

Vos concurrents commencent à proposer des appareils de plus en plus compacts, tout en offrant des fonctionnalités très évoluées et relativement intuitives dans l’interface homme-machine ? Alors que le LINK et l’Axis semblaient aller dans ce sens, le dernier né NEO n’évolue que très peu sur ce point, qu’en est-il de votre coté ?

En effet avec le Neo nous n’avons pas pris de risque de design avec une taille comparable aux appareils classique mais nous avons fait des études et la diminution de la taille diminue les performances et les largeurs de bandes de recherches sont diminuées donc nous avons choisi ce parti pris dans la conception, la performance avant le design. Nous avons cependant ces éléments en tête mais la taille des antennes, piles et écrans influencent directement sur la portée et la capacité à recevoir un signal correctement sur les DVA.

Si la recherche simple est parfaitement gérée par les algorithmes des DVA, la recherche multi-victime avait été fortement améliorée grâce au DSP inventé par Pieps. Pouvez-vous nous expliquer les process et méthodes actuellement mises en place pour faire évoluer la partie logiciel de vos appareils et notamment dans ce cas de recherche complexe ?

Ces dernières années les fabricants de DVA ont axés d’un point de vue marketing, que les cas de multi victimes étaient massifs, ce qui n’est pas vrai car 70% des cas d’ensevelissement concerne une personne (anena.org) et la recherche multi-victimes ne concerne que 30% des cas et majoritairement à 2 victimes. Donc la recherche multi-victimes a beaucoup évolué grâce aux algorithmes de détections et aux processeurs qui séparent de mieux en mieux les signaux.

Mais l’émetteur rentre aussi en ligne de compte car avec les vieux appareils d’il y a 10-15 ans, certains appareils peuvent avoir du mal à reconnaître des signaux, on considère d’ailleurs entre fabricants que passé 8 ans il est bon de penser à changer son appareil pour un plus récent.

Le coût des appareils a souvent été un sujet mis en avant par certain média, notamment lors d’accident à fort écho. Le coût de ce matériel est un frein potentiel à l’équipement d’un grand nombre de skieurs occasionnels, surtout pour les skieurs hors piste occasionnels. Pourquoi le coût d’un DVA d’entrée de gamme se bute à un plancher avoisinant les 150-200€ actuellement ?

Encore une fois je reviens sur le fait que le coût d’un DVA est parfaitement justifié selon moi, toujours en raison de la taille du marché et des investissements importants qu’il représente. Il est intéressant de se dire que les volumes des téléphones portables par rapport à des produits électronique de niche tels que les nôtres, c’est certainement les téléphones portables qui sont trop chers par rapport au marché !!

C’est un produit à faible marge pour tous les acteurs de la chaîne, les magasins, les distributeurs et les fabricants, notamment en raison du coût d’investissement initial qui est élevé. Je rappelle aussi que de très bons appareils sont disponible à 200€, gardons à l’esprit qu’il y a 15 ans le coût était identique à l’inflation près avec des technologies moindres, donc pour moi le coût n’est pas un sujet aujourd’hui.

Nous vivons en plein dans l’air de la mobilité, pensez-vous que le futur de ce marché doive passer par une combinaison Smartphone/GPS/DVA ?

La mobilité permet d’imaginer beaucoup de choses avec la relation avec un smartphone, mais il faut conserver à l’esprit qu’avec un DVA nous évoluons dans un milieu froid, que l’on utilise des gants pour le manipuler, le tout dans des conditions de stress intense, donc les contraintes d’utilisation sont très fortes.

Aujourd’hui je pense que le DVA n’évoluera pas immédiatement en un appareil multifonctions comme certains pourraient l’imaginer, il doit rester selon moi simple et fonctionnel pour le besoin que l’on en a, en l’état d’avancement des technologies il est difficile de croire à quelque chose de très avancée dans les 2 à 3 ans à venir.

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