Le ski de randonnée a toujours été une formidable invitation au voyage. Voilà  7 ans que je n’en avais pas repris le chemin depuis ma dernière escapade en 2010 dans les montagnes turques du Taurus. Mais c’est aussi une belle opportunité de découvrir d’autres cultures, des populations qui vivent avec le froid et la rudesse des hivers, une belle manière d’appréhender d’autres neiges, d’observer d’autres lumières… Enfin, c’est aussi et surtout une merveilleuse expérience de vie que j’ai pu partager avec mes sept autres compagnons de ski, dont les qualités humaines n’ont fait que rajouter à ce programme rempli de promesses.

flag_kgLa destination de cette année est le Kirghizistan, au sud-est du pays plus exactement, non loin du lac Issyk-Koul et de la ville de Karakol. Nous avons pris nos quartiers dans la vallée d’Ak-Suu, dans un camp de base à près de 2650m d’altitude, constitué de 3 yourtes.

Vivre déconnecté de tout, isolé dans une vallée immense de ce pays d’Asie centrale tout en découvrant et s’exposant au froid et à la neige Kirghize; bienvenue dans le récit de cette nouvelle aventure à peau de phoque.

Bichkek – Karakol

4h du matin. Nous sortons de l’aéroport de Bichkek et retrouvons notre ami et guide Xavier Carrard qui est déjà sur place depuis 10 jours. Nous prenons immédiatement la route pour 6 heures de voyages en direction de la ville de Karakol. Rapidement, au gré du jour qui se lève, nous découvrons cette ancienne république de l’URSS qui a obtenu son indépendance lors de l’effondrement de cette dernière en 1991. Le Kirghizistan est un des pays les plus continentaux au monde et est extrêmement montagneux.

Le Kirghizistan reste un pays assez pauvre, dont l’économie est essentiellement tournée vers l’agriculture, son côté montagneux convient à l’élevage du bétail qui reste la principale activité agricole avant la production de céréales. Depuis la chute de l’URSS en 1991, l’effondrement de cette dernière a considérablement ralenti la production du pays au début des années 1990, les usines désaffectées le long de la route illustrent parfaitement cette transition difficile pour ce pays.

Il nous faut 6 heures de route pour rejoindre Karakol, nous longeons l’immense lac Issyk-Koul, le deuxième plus grand lac de montagne du monde après le lac Titicaca, sous une petite neige qui tombe du ciel et rend la route, déjà très mal en point, encore plus difficile pour notre chauffeur cependant parfaitement habitué à cet état de fait.

Karakol est la plus grande ville de cette province du Kirghizistan. Après presque 20 heures de voyage depuis Genève, nous arrivons dans une « guest house » pour faire un stop. Cela nous laisse le temps de nous restaurer, puis dans l’après midi d’aller découvrir la station de ski de Karakol. J’ai cru me trouver dans une nouvelle extension des 3 Vallées, oui je parle bien de nos stations de Tarentaise, plus exactement aux Ménuires car tous les télésièges ont l’air d’être originaires de la station de la vallée des Belleville. Les panneaux sur les pylônes sont en français et j’ai reconnu la dureté du télésièges des Allamands sur lequel j’avais posé mes fesses dans mon enfance… un petit bout de France en Asie centrale !

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La station est assez intéressante, son point culminant se trouve à 3040m d’altitude, avec un bas de station à 2250m. Ce n’est pas très élevé pour la région mais les conditions sont souvent bonnes et l’enneigement présent. Il est même possible de coller les peaux au sommet pour aller chercher un sommet à 3500m d’altitude. Nous prenons le temps de nous décrasser de notre voyage en faisant quelques virages sur les pistes, une petite neige fine tombe sur la région, cette journée est une excellente mise en jambe pour notre groupe.

Ak-Suu Base Camp – Jour 1 – Kuugan Mountains (3600m)

Lever très matinal depuis Karakol pour rejoindre le village d’Ak-Suu à l’entrée de sa vallée éponyme. Nous retrouvons le chef du camp de base, Slava, qui avec 3 motoneiges nous tractent sur près de 17km pour rejoindre le camp, à 2650m d’altitude. Ce point de chute sera notre lieu de vie pendant les 6 prochains jours et nous découvrons à notre arrivée trois yourtes au bord d’un torrent, entourées d’innombrables sommets.

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Notre camp de base

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L’intérieur d’une yourte.

Nous jetons un rapide coup d’œil et découvrons des versants nord poudreux, des versants sud raides et truffés de couloirs qui ont l’air en neige printanière ainsi que des hauts sommets, puisque le fond de cette longue vallée présente des sommets à plus de 5000m.

Le temps de poser nos sacs dans une des yourtes, de saluer Iulia la cuisinière et Slava l’homme à tout faire du camp, il ne reste plus qu’à refaire nos sacs à dos avec tout le matériel nécessaire et de coller nos peaux pour la première fois. Nous nous dirigeons dans une combe en versant nord pour rejoindre un col à 3300m d’altitude. Rapidement nous nous rendons compte de la spécificité de la neige kirghize, une neige extrêmement froide et sèche dont la densité est relativement faible et la constitution est principalement faite de gobelets et de grains à faces planes sur parfois un mètre d’épaisseur, le doute est donc souvent présent.

Notre guide Xavier a déjà expérimenté ces neiges depuis une semaine avec un autre groupe, un excellent moyen pour lui d’avoir pu observer la neige sous toutes ses coutures. Bizarrement nous n’aurons jamais vu de très gros départs d’avalanches ou de grosses fractures, mais plus des avalanches de surfaces naturelles (ou sluffs) qui purgent les pentes les plus raides. Nous n’irons cependant jamais titillés des pentes raides en face nord, ayant bien de quoi faire ailleurs sans prendre de risque inutiles.

Depuis le col, nous remontons une crête pour atteindre le premier sommet du voyage avec les skis sur le sac. A plus de 3600m d’altitude nous pouvons observer l’immensité des lieux, la taille de cette vallée et les hauts sommets qui viennent la fermer au sud.

Nous comprenons vite que venir skier dans ces terres aussi continentales c’est aimer les neiges très froides mais c’est aussi accepter de s’adapter aux contraintes de l’instabilité du manteau neigeux sur les versants nord, mais pas de soucis de ce coté là, Xavier a déjà plein d’idées en tête pour aller skier des très belles pentes inclinées sur les versant sud au cours des prochains jours.

Jour 2 – Kjol’tor Mountains (3700m)

En ce deuxième jour, nous partons dans une combe au sud, mais le temps tourne vite et une fine neige nous accompagne toute la matinée. Nous remontons une combe qui n’en finie plus, le col est en vue depuis le bas mais nous avons l’impression qu’il recule à longueur que nous avançons… Une fois arrivé sous ce fameux col, nous tirons main gauche pour aller trouver l’entrée d’un couloir. Les tours de granite qui le jonchent nous donnent des repères visuels dans ce jour blanc. La fine pellicule de neige fraîche repose sur un manteau dur, l’accroche est parfaite pour cette descente de 800m à près de 35°.

Le couloir se sépare en deux branches en son milieu, nous prenons la branche de droite qui sort au pied de la combe du matin. Nous finissons entre les sapins, et skions jusqu’au camp de base, pour retrouver le confort de notre yourte et les excellentes collations de fins de courses préparées par Iulia.

Le camp dispose également d’une tente sauna (oui, une tente russe permettant d’avoir un sauna à l’intérieur) dans laquelle nous pouvons faire un brin de toilette. L’autre « plus » du camp est le bain nordique qui nous offre d’excellents moments de détente en fin de journée. Nous n’avons jamais eu froid malgré les -25° des nuits, le vent ou la neige. Slava est constamment là pour nous demander s’il faut rajouter un peu de bois dans le fourneau, s’il nous manque quelque chose; un sens du service incroyable et une gentillesse touchante de ce personnage que nous ne serons pas près d’oublier… Les repas sont tous excellents et vous aurez compris que le logement en yourte présente quelques avantages…

Jour 3 – Kjol’tor Mountains (3730m)

La nuit a été froide par un grand ciel clair, -25° affiché au thermomètre et la fin de nuit dans la yourte fut fraîche et le bonnet nécessaire pour certains en plus du bon gros duvet ! Xavier décide de nous emmener aujourd’hui vers une immense pente de 1200 mètres en forme de triangle, toujours en versant sud. Ce beau panneau régulier nous aura entraîné aux conversions pendant plus de 3 heures d’ascension pour atteindre les presque 3800m d’altitude en son sommet.

Nous avons une vue plongeante sur le fond de la vallée toute la montée et découvrons le camp de base une fois au sommet, toujours au milieu de ce granite rouge si caractéristique.

Une fois le coup d’œil du sommet passé, nous entamons la descente dans une première pente nord-ouest dans une neige poudreuse que seul le Kirghizistan peut offrir. Puis après un passage à un col, nous rebasculons dans la grande pente sud du matin pour enchaîner nos virages dans les 10 centimètres de neige tombé la veille. Un régal !

Slava, le patron du camp, aura répété à plusieurs reprises à Xavier qu’il était le premier à chercher des « lignes » dans les versant sud… Nous avons eu de la peine à le croire tellement ces lignes sont évidentes et belles dans de telles conditions.

Jour 4 – Kuugan Mountains (3600m)

Retour dans les versants nord pour ce quatrième jour. Nous reprenons la même combe qu’au premier jour mais basculons au col dans une nouvelle vallée. Xavier est à la trace dans cette neige toujours profonde et très froide. Nous décidons de nous rendre au sommet d’un mont se trouvant au milieu de ce vallon. Nous terminerons l’ascension par quelques pas dans le cailloux et nous pouvons profiter encore une fois du paysage à 360° au sommet.

Cette journée est aussi la première où l’ami Bruno arrive à faire voler son drone ! Ce dernier a joué de malchance les jours précédents avec quelques problème de pilotage à distance. Mais cette fois-ci et après des essais concluants au camp de base la veille, l’engin suit le groupe en montée et descente, les images promettent d’être sympa, Xavier se chargera sans nul doute de les utiliser à bon escient.

Nous retrouvons cette neige poudreuse si particulière lors de la descente, quelques passages se sont légèrement transformés avec un peu de neige cartonnée mais cela reste globalement très très bon de haut en bas.

Jour 5 – Mont Buracan (Буракан – 3742m)

Dernière journée dans la vallée d’Ak-Suu, Xavier nous a parlé d’une dernière course majestueuse qu’il a en tête depuis le début du séjour, avec un très beau parcours en face sud nous amenant dans un couloir de 800m de long à près de 40° d’inclinaison.

Nous retournons dans la combe du col sans fin, Yvan se réjouit de retrouver ce fameux col mais la fine couche de neige fraîche de la veille facilitera grandement cette deuxième ascension. Cette fois-ci nous irons chercher un sommet en main droite par rapport au col que nous regardons et finissons l’ascension en longeant les immenses corniches sommitales qui dominent le versant nord opposé. Le ciel se bouche à notre arrivée au sommet et nos rêves de descente sous le un soleil radieux s’envolent subitement… mais notre patience au sommet paye après quelques minutes et un ciel qui se déchire complètement. Il est temps pour nous de partir en direction de notre couloir.

Le cheminement est subtil est nécessita pas mal d’observations de la part de Xavier pour trouver l’entrée du couloir. Nous débutons notre descente dans une combe Sud est ou la neige poudreuse a su rester très froide à cette altitude. Au bas de cette belle pente, nous tirons rive droite pour trouver l’entrée du couloir de 800m de long. L’entrée est à 40°, la ligne de pente est directe conservant une pente régulière sur les deux tiers de la descente. Nous descendons dans les pentes les plus au sud pour y trouver une neige parfaitement transformée bien portante, cette dernière descente est un vrai régal sous nos spatules…

Les arrêts photos sont nombreux, le drone suit à nouveau son maître, les souvenirs seront magnifiques sans nul doute.

Nous finissons notre journée avec un immense sourire, celui de la plénitude, comme si le devoir des skieurs que nous sommes avait été parfaitement réalisé, selon un plan sans accroc ! Il est vrai que la chance nous a aidé avec deux petites chutes de neige peu gênantes, voir même hyper intéressantes pour nos descentes en face sud. Le froid qui n’a jamais cessé de rester avec nous, conservant la neige dans les versants nord, le tout avec très peu de vent… et des sourires et d’autres bons éclats de rires tout au long de notre semaine, histoire d’agrémenter le tout.

Car oui, la vie d’un groupe en montagne est quelque chose d’hyper important. J’ai rencontré un groupe de personnes incroyables lors de ce voyage: Yvan, Julie, Bruno, Gilles, Walter, Marco et notre guide Xavier, notre dénominateur commun; sont toutes des personnes aux immenses qualités humaines. Qu’il est bon de rencontrer de telles personnes dans ce type de voyages…

Jour 6 – retour à Bichkek

Les sacs sont bouclés et il est temps de rejoindre le village d’Ak-Suu en reprenant les motoneiges. C’est sous une grosse tempête de neige que nous quittons le camp, déjà 20 centimètres sont tombés et cela n’a pas l’air de vouloir s’arrêter. Une belle façon de nous séparer du camp de base, duquel nous repartons l’esprit chargé d’images et de souvenirs.

17km à se faire tracter par des motoneiges, avec 900m de dénivelé négative à faire, c’est comme faire des squats pendant 45 minutes, autant vous dire que les cuisses chauffent vite !

Retour à la civilisation kirghize, retour dans notre minibus pour le chemin retour, nous longeons le lac Issyk-Koul par sa rive sud cette fois-ci, la route n’est pas meilleure qu’à l’aller pour autant… nous arrivons à Bichkek sous une épaisse grisaille, pollution ou ciel qui se voile ? Une immense cheminée d’une très grosse usine est noyée dans un épais nuage noir et donne un air de Mordor à cette grande ville où un cinquième de la population Kirghize vit, retour à la civilisation et à une autre réalité.

L’avion nous attend pour retrouver, après 9h de vol, la douceur printanière sur le tarmac de Genève. Cela nous a fait tout de même plaisir de nous être senti en hiver à l’autre bout du monde…

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Rive sud du lac Issyk-Koul

Epilogue

Venir skier au Kirghizistan c’est donc aimer les neiges froides, c’est accepter de s’adapter aux contraintes de l’instabilité d’un manteau neigeux qui peut s’avérer complexe, c’est aimer découvrir des pentes sans la moindre aide d’une carte de moins de 1:100’000, c’est apprendre à rencontrer des populations qui aiment vivre dans ce milieu continental froid et sec, c’est enfin avoir les yeux qui brillent devant les paysages d’un pays où tout est montagne…

Merci à toute l’équipe de m’avoir si bien accueilli, à Xavier de nous guider vers de si belles pentes avec autant de professionnalisme depuis toutes ces années. Comme tu nous le disais Xavier en arrivant : « le Kirghizistan, là ou le mot exceptionnel prend toute son ampleur ».

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